Durant mes cours de philosophie, j’ai appris que lorsqu’on veut discuter d’un sujet, il faut d’abord en définir les termes afin d’être aussi précis que possible et ne pas déborder sur tout autre chose.

Vous voyez, les enfants, ce qu’on apprend à l’école peut nous servir plus tard.

Sur ce blog, nous parlerons surtout de super-héros. Alors nous allons commencer par définir ce qu’est un super-héros.

Certains (les non-initiés, les sites les plus généraux et autres) vous diront sûrement que c’est bien simple : un super-héros, c’est un personnage en collants aux couleurs vives qui se bat contre des méchants. C’est une définition plus ou moins recevable, mais comme ici nous sommes pour le compliqué, nous allons essayer de l’étoffer un peu afin que je puisse prétendre que l’étude des super-héros est un sujet sérieux et m’en servir pour ma thèse de doctorat.

Un super-héros est un personnage de fiction. Bien qu’il s’agisse d’un personnage un peu passe-partout et que les auteurs puissent en faire ce qu’ils veulent, comme le placer dans un univers de science-fiction ou de fantasy, il conserve des propriétés immuables. Certaines de ces caractéristiques sont fréquentes mais seulement optionnelles, et d’autres sont nécessairement présentes pour que l’on puisse parler de super-héros.

Les caractéristiques fréquentes mais optionnelles chez un super-héros :

-Un pseudonyme. Il s’agit d’un nom de guerre qu’il utilise lors de ses apparitions publiques. Après tout, on peut avoir le costume et les pouvoirs les plus fantastiques du monde, si on s’appelle Jean-Kévin de la Bougnaquette, on n’aura pas que des admirateurs. La plupart des super-héros ont un pseudonyme pour garder secrète leur véritable identité, afin de protéger leurs proches face à leurs ennemis qui pourraient vouloir se servir de cette information pour s’en prendre à eux. Certains trouvent des astuces pour dissimuler leur identité secrète. Prenons Superman, par exemple : sous l’apparence de Clark Kent, il porte des lunettes et modifie légèrement son timbre de voix, en plus de se comporter beaucoup plus maladroitement. Il port également des vêtements plus larges pour dissimuler son corps de bodybuilder.

Eh non, son costume ne se résume pas qu’à une paire de lunettes et à la stupidité des habitants de Metropolis.

D’autres super-héros ont des méthodes plus originales, comme il fut un temps Tony Stark, et actuellement dans les comics principaux Peter Parker, qui font passer leurs alter-egos respectifs, Iron Man et Spider-Man, pour leurs gardes du corps.

Hobie

(Voici Hobie, le "cascadeur"/ex-criminel chargé de se faire passer pour Spider-Man lorsque lui et Peter doivent être vus dans la même pièce)

Mais le pseudonyme employé par un super-héros ne sert pas nécessairement à cacher sa véritable identité. Certains sont publiquement connus par leurs vrais noms en plus de leurs noms de guerre, comme les Quatre Fantastiques ou, plus récemment, Iron Man ou Captain Marvel (Carol Danvers).

Carol

(Ici, pas besoin de lunettes)

-Une tenue distinguant le personnage de la majorité. C’est un costume aisément reconnaissable, à cause de sa forme ou ses couleurs. Dans de nombreux cas, les super-héros portent des collants, plus pratiques lorsqu’il s’agit de faire des cascades. Mais on peut aussi trouver des armures ou des équipements plus originaux, comme la tenue sobre mais si reconnaissable de Hulk. Il est aussi fréquent de voir des emblèmes permettant d’identifier plus facilement les super-héros qui les portent.

 

Mais on peut se passer de ces deux éléments. Après tout, on a déjà vu des super-héros qui agissaient sans costumes et sous leurs véritables noms, même s’ils sont plutôt rares et apparaissent surtout dans des œuvres indépendantes, comme Hancock (même si le personnage se livre à une odieuse trahison vers la moitié du film en adoptant un uniforme), ou plus récemment, Jessica Jones dans la série du même nom.

Il y a par contre des éléments qui sont impossibles à laisser de côté pour que, à mon sens, le personnage puisse être qualifié de super-héros.

Ainsi, les caractéristiques constantes chez les super-héros seraient les suivantes :

-Des capacités et/ou ressources exceptionnelles, voire surhumaines, et totalement inatteignables pour le commun des mortels. Si le héros ne possède pas de super-force ou de vision laser, vous pouvez être certains que ses capacités physiques et intellectuelles peuvent mettre la misère à Einstein, Stephen Hawking, Mohammed Ali et Bruce Lee, et que bien souvent, sa fortune pourrait mettre un terme à la faim dans le monde.

Avec de l’entraînement et de la motivation, des milliers de personnes pourraient devenir des espions dans le genre de James Bond, ou des pompiers, ou des enquêteurs. Mais maîtriser 127 arts martiaux, construire des machines que tous les savants du monde ne pourraient pas reproduire s’ils mettaient leurs efforts en commun, et prévoir des plans dans des plans parsemés d’autres plans pour se sortir de n’importe quelle situation, c’est purement et simplement impossible dans le monde réel.

Voilà pour les gens qui disent qu’ils s’identifient plus facilement à Batman qu’à Superman.

C’est le côté « super » du « super-héros ». Un pompier qui se précipite dans une maison en  flammes pour en sortir une famille prise au piège, c’est un héros. Un type qui utilise sa machine volante pour évacuer les victimes, qui soulève des poutres qui semblent impossibles à déplacer, et qui en prime refait le portrait au taré armé d’un lance-flammes qui a déclenché l’incendie, c’est un super-héros.

Ce sont la plupart du temps des capacités qui permettent au personnage de se battre. C’est triste, mais c’est comme ça. L’intelligence extraordinaire d’Hercule Poirot ne lui permet pas de se confronter physiquement à ses adversaires. L’intelligence de Tony Stark et ses ressources qui lui permettent de fabriquer des armures surpuissantes, en revanche, si.

Enfin, ces capacités doivent rendre le personnage unique au sein du monde dans lequel il vit et opère le plus souvent. Par exemple, bien qu’il existe plusieurs milliers de Green Lantern dans l’univers DC, il n’y en a généralement que quelques-uns qui officient sur Terre, le principal lieu de l’action, et il n’est pas possible que des individus dotés de pouvoirs similaires se manifestent purement par hasard parmi la population. Cela, en plus des autres traits distinctifs, fait des Green Lantern de la Terre des super-héros. Les Jedi, par contre, bien que rares à l’échelle de la Galaxie, ne sont pas des cas si particuliers, étant donné que la Force peut se manifester de façon tout à fait aléatoire chez divers individus, sur toutes les planètes, et il n’est pas impossible de se procurer un sabre laser même sans être un Jedi ou un Sith. De même, les sorciers dans Harry Potter n’ont rien d’exceptionnel sur Terre. De plus, ils utilisent leurs pouvoirs dans leur vie quotidienne, et non dans le but précis de protéger l’humanité.

Et puisqu’on en parle…

-Ces capacités sont mises au service du Bien et de la lutte contre le Mal. Cela passe par la protection d’individus, de populations ou de mondes entiers, soit en les sauvant d’accidents ou de catastrophes mortels, soit en affrontant des individus dotés de mauvaises intentions. Les individus en question peuvent être un voleur de sac basique, un gangster, ou, plus fréquemment, un personnage doté lui aussi de capacités exceptionnelles, mais s’en servant dans un but malveillant. On appelle ce type de personnage un « super-vilain ».

Il faut noter que cette lutte contre le mal est constante. Ce n’est pas le temps d’une histoire, pour combattre un seul ennemi. Un individu qui utilise ses capacités pour faire le bien une fois parce qu’il se trouvait là, ou parce que ça ne concerne que lui, peut difficilement être considéré comme un super-héros. De même, la lutte en question est désintéressée. On ne force pas un personnage à être un super-héros, de même qu’il ne le fait pas uniquement pour de l’argent (on entre alors dans le domaine du mercenaire). Il est possible qu’un héros soit rémunéré, mais généralement, l’argent n’est qu’un bonus.

-Enfin, et découlant directement de cette caractéristique, on a une promotion de valeurs morales qui s’opposent à celles de leurs adversaires. Bien évidemment, ces valeurs changent en fonction de l’époque et de la société, avec assez peu de constantes, comme le refus de tuer de sang-froid pour la plupart des héros. Cette opinion est d’ailleurs au centre de débats enflammés, à la fois dans les univers des récits et parmi les communautés de fans. Mais de façon générale, on retrouve un refus de la violence gratuite et de l’abus des pouvoirs dans un but personnel, avec occasionnellement un esprit de sacrifice, et la volonté de ne pas agir comme des dieux en jouant les rôles de juge, juré et bourreau.

Les personnages n’adhérant pas à ces valeurs, comme le Punisher, Red Hood, Deadpool et d’autres héros d’éditeurs moins influents que Marvel et DC, comme Spawn ou Rorschach, sont souvent vus comme des anti-héros, des personnages qui font le bien dans les grandes lignes, mais en enfreignant quelques règles dictées par la morale.

 

Voici donc ma définition de ce qu’est un super-héros. Vous n’êtes pas d’accord ? Vous pensez que j’ai oublié des éléments ? N’hésitez pas à en parler, et à partager cet article pour que vos amis puissent en profiter également ! Et à la prochaine pour un nouvel article sur mon blog !