Ce n’est pas un secret pour les fans : un bon super-vilain contribue à environ 60% de la qualité d’une bonne histoire de super-héros. Et si dans les comics américains on retrouve le Joker, Lex Luthor et autres Dr Fatalis, ici en France, nos super-héros nationaux n’ont pas été opposés à des ennemis capables de marquer durablement les esprits.

Or, la France, avec sa culture riche et ses auteurs à l'imagination fertile, a largement de quoi fournir des méchants qui pourraient devenir aussi iconiques que ceux affrontés par les héros des Etats-Unis. Nous avons même déjà d’excellentes bases disséminées ici et là dans notre fiction. Et si l’homme qui rit a pu donner le Joker, Dr Jekyll inspirer Double-Face et Loki devenir… eh bien, Loki…, les méchants de la fiction française peuvent bien être adaptés aux histoires de super-héros.

Pour vous donner quelques idées, voici des exemples de ce qu’a pu produire l’imagination à la française depuis le vingtième siècle :

Fantômas

Fantômas

S’il ne fallait retenir qu’un méchant français, ce serait l’insaisissable Fantômas. Créé par Pierre Souvestre et Marcel Allain dans une série de romans, il est devenu une icône. Génie du crime et maître du déguisement, il a déjà connu une modernisation dans une trilogie de films bien connue mettant en scène Jean Marais et Louis de Funès. Un mélange entre le Caméléon et Lex Luthor, il serait un adversaire coriace pour n’importe quel super-héros, peu importe l’époque.

Belphégor 

Belphégor est un personnage au nom inspiré d’un démon de la démonologie chrétienne, lui-même tiré de Baal Phégor, un dieu mentionné dans l’Ancien Testament. Cette version a été brièvement vénérée par les Hébreux menés par Moïse, et le démon chrétien inspire à ses victimes des découvertes supposées leur apporter fortune et gloire. Et accessoirement, c’est le démon devant lequel on défèque.

Belphégor démon

C’est pas une base idéale pour créer un super-méchant ?

C’est ce qu’a dû penser le romancier Arthur Bernède, qui en 1927 a publié un roman ayant donné lieu à la création d’une toute nouvelle version du personnage.

Belphégor

Fantôme, simple criminel, esprit d’une momie, démon, Belphégor est reconnaissable par sa tenue noire comme la nuit et son masque. Un auteur pourrait en faire un simple bandit masqué affrontant un super-détective, ou un esprit surpuissant pouvant donner du fil à retordre au plus puissant des héros.

L’Ogre aux bottes de sept lieues

Ogre

Et pourquoi pas ? Super-héros comme super-méchants ont été tirés du folklore de différents pays. Thor chez Marvel n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Et le grand méchant du Petit Poucet dispose de toutes les qualités pour faire passer un mauvais quart d'heure à un héros ou deux. Incarnation du mal, impitoyable, mangeur d’enfants, et chaussant des bottes lui donnant des pouvoirs, il suffirait de peu de choses pour transformer ce méchant classique en un super-vilain digne de ce nom.

L’Alchimiste

Alchimiste

Celui-là, vous ne le connaissez peut-être pas. Il s’agit du méchant du film « Vidocq », réalisé par Pitof et sorti en 2001, avec Gérard Depardieu dans le rôle du détective. Le film est retenu pour plusieurs raisons, telles que sa supposée absence de qualité, et le fait que c’est le premier film, ou l’un des premiers, dans le monde, à avoir été tourné entièrement avec une caméra numérique. Moi, je le retiens pour le personnage de l’Alchimiste.

Créature hantant les tréfonds de Paris, l’Alchimiste est une légende urbaine aux nombreuses victimes. Son identité est dissimulée par un masque qui reflète ceux qui le regardent et, selon la légende, si votre reflet est pris, c’est votre âme qu’il dérobe. Là où les personnages précédents pourraient recevoir quelques modifications pour être transformés en super-vilains, celui-ci est déjà tout prêt.

 

Les auteurs de super-héros français ont proposé bien des concepts intéressants, entre un bossu qui se transforme en homme-lumière, un trio de savants-insectes et le plus breton des héros, un renard-garou. Mais même ceux qui se sont intéressés en profondeur aux super-héros français peuvent passer un bon moment à essayer de se souvenir des noms des ennemis affrontés par ces personnages. Pourtant, il suffirait de peu pour créer des antagonistes rivalisant avec les méchants américains et pouvant donner des histoires épiques. Ce qui, en retour, ne pourrait que servir les héros dont les histoires sont racontées, car après tout, la grandeur d'un héros ne se mesure réellement qu'à la qualité des obstacles qu'il rencontre.